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Carlos Ghosn :

Carlos Ghosn : "Je suis innocent des accusations proférées à mon encontre"

Pour la première fois depuis son arrestation le 19 novembre 2018, Carlos Ghosn a pu s'exprimer et se défendre devant un juge japonais. Un nouvel épisode dans ce long feuilleton dont le procès ne devrait pas intervenir avant 6 mois.

 

Vêtu d'un costume sombre, sans cravate, sandales vertes en plastique aux pieds, il est apparu amaigri, les joues creuses, menotté, avec une corde autour de la taille avant le début de la séance qui a duré quasiment deux heures, de 10H30 locales (01H30 GMT) à 12H15. S'exprimant en anglais, il a rappelé avoir dédié "deux décennies de sa vie à relever Nissan et bâtir l'alliance", une entreprise qu'il dit aimer.

 

Carlos Ghosn, s'est dit "faussement accusé et détenu de manière injuste" et s'est défendu d'une voix claire et forte, sans montrer d'émotion, au cours d'une audience qui a attiré les médias du monde et de nombreux curieux. Carlos Ghosndétenu depuis le 19 novembre pour des malversations financières présumées, a répondu point par point aux accusations du parquet lors de sa première comparution publique.

 

"Votre Honneur, je suis innocent des accusations proférées à mon encontre. J'ai toujours agi avec intégrité et je n'ai jamais été accusé d'avoir mal agi au cours de ma carrière professionnelle de ieurs décennies", a-t-il lancé devant le tribunal.

 

Lire le discours prononcé par Carlos Ghosn au cours de l'audience du 8 janvier 2019

 

En ce qui concerne les soupçons de dissimulation de revenus, Carlos Ghosn, qui a été mis en examen le 10 décembre 2018 pour avoir minimisé, dans les rapports de Nissan remis aux autorités boursières, environ 5 milliards de yens (40 millions d'euros) sur cinq années, de 2010 à 2015, s'est défendu. Devant le juge mardi, le dirigeant de 64 ans a assuré ne "jamais avoir signé de contrat avec Nissan pour recevoir un montant fixe non divulgué".

 

Selon une source proche du dossier, il a procédé de la sorte en raison de l'entrée en vigueur d'une loi imposant aux administrateurs les mieux payés de divulguer leurs rémunérations. "Tout d'un coup, M. Ghosn s'est retrouvé obligé de publier ses revenus annuels [qui s'élevaient à l'époque à 2 milliards de yens], et à partir de ce moment-là il a commencé à les diviser en deux parties : un montant déclaré, un autre non déclaré censé en théorie lui être versé au moment où il se retirerait du groupe", assure cette source. Le but de la manœuvre aurait été d'éviter les critiques des actionnaires et des employés, dans un pays où les PDG perçoivent des émoluments modestes qu'ailleurs.

 

Il y a bien eu des projets pour déterminer les revenus que Carlos Ghosn percevrait après sa retraite, "mais à ma connaissance, ils ont été examinés par des avocats internes et externes" au groupe, "témoignant du fait que je n'avais aucune intention de violer la loi", a ajouté le français.

 

Carlos Ghosn est en outre accusé d'avoir tenté de faire couvrir par Nissan "des pertes sur des investissements personnels" au moment de la crise financière d'octobre 2008, qui a fait chuter le dollar face au yen et plonger les actions de Nissan. La somme incriminée s'élève à 1,85 milliard de yens. Pour résoudre ce problème financier, il aurait obtenu qu'un milliardaire saoudien, Khaled Juffali, se porte garant et aurait effectué ultérieurement des virements d'un montant équivalent sur le compte de ce dernier depuis un compte d'une filiale de Nissan. Selon une source proche du dossier, il a puisé ces fonds dans "la réserve du PDG", prévue pour parer à des imprévus (catastrophes naturelles par exemple).

 

Mardi 8 janvier 2019, Carlos Ghosn a livré une tout autre version. Il avait signé en 2006 et 2007 deux contrats pour lui assurer une certaine stabilité de ses revenus face à la volatilité des changes. Or, quand la crise a éclaté en 2008, "la banque [lui] a demandé de fournir une garantie, ce qui [lui] était impossible" à moins de démissionner de Nissan afin de recevoir sa pension de retraite. Le PDG a donc décidé de demander à Nissan de se porter garant, le temps de trouver une autre solution. "Les contrats ont ensuite été de nouveau transférés à mon nom sans que Nissan n'ait à supporter aucune perte."

 

Quant à l'argent transféré à Khaled Juffali, "un partenaire de long terme de Nissan", il n'a aucun rapport avec cette affaire, a-t-il assuré. "Sa compagnie a été rémunérée de manière appropriée – en accord avec les responsables concernés du constructeur – en échange d'importants services rendus à Nissan", a insisté l'ex-PDG de Nisan. Il s'agissait d'aider le groupe à "réorganiser le réseau de distribution dans la région du Golfe". Khaled Juffali Company a publié un communiqué défendant "les motifs légitimes" de ces paiements, relatifs à la résolution d'un différend avec une société locale et à l'établissement d'une usine dans le royaume.

 

Nissan, qui mène l'enquête depuis des mois, accuse par ailleurs son ancien sauveur d'autres malversations, pour lesquelles il n'est pas mis en cause à ce stade par le parquet. Le dossier mentionne l'existence de résidences de luxe à Beyrouth, à Rio de Janeiro et à Paris, achetées par l'intermédiaire d'une filiale basée aux Pays-Bas, officiellement censée financer des investissements dans des start-up. Nissan a engagé des actions en justice pour récupérer l'accès à l'ensemble de ces propriétés, d'après une source proche du dossier. Carlos Ghosn n'a pas répondu à ces accusations mardi.  

 

L'équipe d'avocats Carlos Ghosn, menée par un ancien procureur, Motonari Otsuru, va déposer une demande de fin de détention pour son client qui est actuellement en garde à vue jusqu'au vendredi 11 janvier sur les soupçons d'abus de confiance. Cela étant, les chances semblent minces car le juge a justifié de son côté son maintien en détention par un risque de fuite à l'étranger "où il a des bases" et d'altération de preuves.

 

Le dirigeant risque cependant une nouvelle inculpation sur ces faits, a confié Motonari Otsuru à la presse. Le cas échéant, cela déclencherait le début d'une nouvelle période de détention provisoire, venant se superposer à celle déjà en cours suite à sa première mise en examen le 10 décembre pour dissimulation de revenus.

 

Après des espoirs déçus en décembre, peut-il malgré tout être relâché sous caution ? "De manière générale, dans les cas de déni total des accusations d'abus de bien confiance, la libération sous caution n'est le souvent pas approuvée jusqu'à l'ouverture du procès", qui ne devrait pas intervenir avant six mois au moins, a déclaré l'avocat. Le feuilleton Ghosn-Nissan est donc très loin d'être terminé. (avec AFP).


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